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Mixmédia Montréal

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Bienvenue à MIXMÉDIAS Montréal

Un message de Bruno Boutot, curateur en chef de  la conférence MIXMÉDIAS.

J’ai le plaisir de vous inviter personnellement à la conférence MIXMÉDIAS à Montréal le 17 mai prochain. Je crois que c’est la journée professionnelle la plus enrichissante et la plus excitante du printemps et je serais heureux que vous en fassiez partie. Mais d’abord qu’est-ce que c’est?

Quand Michel Chioini m’a demandé en mars dernier si je pouvais organiser une conférence internationale dans le cadre de CONNECT 2012, je devais être un peu inconscient, mais j’ai dit oui avec enthousiasme.

Le marketing et les médias sur le Web? J’y passe 15 heures par jour depuis 15 ans. C’est mon métier, mes revenus, mon émerveillement quotidien. L’idée de pouvoir inviter à Montréal les meilleurs experts m’enchantait. Bien sûr, il fallait trouver des gens disponibles en si peu de temps mais la réponse a été formidable, y compris de ceux et celles qui n’ont pu se libérer.

Je vois tous les jours les problèmes auxquels mes collègues du marketing, des médias et de la publicité sont confrontés sur le Web. Avec eux, avec elles, je voulais obtenir la réponse à nos deux questions urgentes:

Revenus: Où est l’argent sur le Web? Pas demain, pas bientôt : en ce moment!

Contenus : quels nouveaux contenus marchent le mieux sur le Web? Now

J’ai reçu des contributions exceptionnelles, que nous allons pouvoir intégrer et utiliser avec profit tout de suite.

L’expérience qu’a Ben Kunz des achats médias est redoutable, ses analyses sont brillantes, son humour, incisif. Et dans un milieu porté sur l’emphase (non, je ne parle pas de toi, voyons) son attitude « no bullshit » est rafraichissante. On démarre la journée du bon pied.

Encore aujourd’hui, trop d’entre nous en marketing et médias sont désarçonnés par les revenus sur le Web. C’est le moment qu’on se mette à jour.

Bryan Segal va y contribuer : la plupart des grandes entreprises utilisent Comscore. Bryan nous présente leur whitepaper sur le nouvel univers de la publicité. Il est suivi du panel de vedettes du Bureau de la publicité sur Internet : avec elles, nous allons tout savoir sur les Enchères en temps réel (RTB).

Andy Nulman a perdu de l’argent sur Internet pour ses entreprises mais maintenant il en gagne. On va voir comment, de toutes les couleurs. L’expertise de Michelle Blanc est sans égale et elle nous promet d’aller droit au but : « Comment faire du ca$h avec du contenu »!

Parallèlement, nous abordons le contenu avec le grand Stowe Boyd qui nous honore de sa participation. Son image des médias qui deviennent liquides sur le Web rend soudain limpide le paysage confus du Web.

Arjun Basu a vu ses clients passer de l’imprimé à Internet, puis à l’intégration du Web à l’origine de leurs stratégies. Il va échanger avec Craig Silverman, un des plus renommés journalistes du Web, qui se trouve être Montréalais.

La grande découverte du Web est le contact direct avec les individus de nos publics. Après les médias sociaux, de plus en plus de grandes entreprises et de vedettes créent leur propre plate-forme pour recevoir leurs membres… et faire du commerce avec eux!

Craig va donc interviewer William Mougayar, CEO d’Engagio, avec un point de vue fracassant : « La conversation est le nouveau contenu du Web! ». On a hâte, d’autant qu’ils sont suivis par Jessamyn West, directrice de la communauté MetaFilter, une des plus belles réussites du Web contemporain. Son expérience est incomparable dans l’art et les techniques pour générer du contenu de qualité avec nos membres et les fidéliser.

Rich Millington, de Londres, est le meilleur spécialiste mondial des communautés pour les entreprises. Il est avec nous et on va en profiter.

Des conférenciers m’ont demandé qui vous êtes. Je leur ai dit : « Les plus brillants de Montréal. Ils vont vouloir vous parler et vous poser des questions. Donnez nous ce que vous avez de meilleur. » Ils et elles s’attendent donc à vos questions dans la salle et dans les couloirs. N’hésitez pas.

Bien sûr je vous invite!

L’endroit est fantastique: c’est le siège de l’OACI, une agence de l’ONU!

Si votre nom est sur cette page, je vous invite à MIXMÉDIAS à mes frais. Écrivez-moi bruno@boutotcom.com

Si vous êtes mon contact sur facebook ou Linkedin, ou si je vous suis sur Twitter (ou mon autre compte en anglais), vous êtres « membre de boutotcom » et vous avez droit à un tarif privilégié. Sélectionnez boutotcom dans la colonne « Rabais ».

Si vous êtes 10 ou plus, contactez info@eventia.ca pour le tarif spécial.

C’est une journée incroyablement riche mais relax: on est entre nous. On devrait s’amuser, surtout si vous êtes là. :-)

Suivre @MIXMEDIAS #MIXMEDIAS Like MIXMÉDIAS

BRUNO BOUTOT

(English version)

Publié dans : Conférences, Conférenciers

Le contenu est roi? Question de point de vue.

Saviez-vous que c’est Bill Gates l’auteur de cette rengaine souvent répétée dans le monde des médias : content is king?

En 1996, dans un article intitulé Content is king,  il écrivait :

“Content is where I expect much of the real money will be made on the Internet, just as it was in broadcasting.

The television revolution that began half a century ago spawned a number of industries, including the manufacturing of TV sets, but the long-term winners were those who used the medium to deliver information and entertainment.”

Ce à quoi, pour exactement les mêmes raisons, Jonathan A. Knee, de la Columbia Business School répondait Content isn’t king dans un article publié dans The Atlantic en juillet 2011 :

“In fact, the dirty little secret of the media industry is that content aggregators, not content creators, have long been the overwhelming source of value creation. Well before Netflix was founded in 1997, cable channels that did little more than aggregate old movies, cartoons, or television shows boasted profit margins many times greater than those of the movie studios that had produced the creative content.”

Le contenu n’est pas roi. D’ailleurs, c’est ce que Bill Gates dit, même si son titre le contredit : les gagnants sont ceux qui utilisent le médium pour distribuer le contenu, pas les producteurs de contenu.

Le contenu n’est pas roi, il est sujet, le sujet des véritables monarques du royaume numérique : les agrégateurs dans toutes leurs incarnations, des moteurs de recherche aux sites de médias sociaux aux Netflix, Rdio, et autres distributeurs. Ça fait beaucoup de monarques régnants, mais le royaume est vaste et les guerres de territoire, féroces.

Pour avoir une idée du rapport de force à l’œuvre, considérons le paysage actuel, encore constitué majoritairement (en termes de volume) d’industries traditionnelles, diffuseurs comme producteurs :

 

(Sources : Rapport de surveillance des communications 2011 du CRTC, Profil 2011 –  Rapport économique sur l’industrie de la production de contenu sur écran au Canada –  APFTQ et CMPA, Statistiques Canada. Inspiration pour la visualisation : David MacCandless, Information is beautiful)

On voit où se situe la balance du pouvoir.

Le prochain roi des rois : Apple ?

Le contenu n’est pas roi, sa distribution l’est. À preuve : dans la plupart des discussions autour du contenu, on ne discute pas tant de la nature de celui-ci que de sa distribution et des formes qu’elle prend.

Prenons la distribution du contenu audiovisuel par exemple. Ben Kunz, le conférencier keynote qui ouvrira MIXMÉDIAS écrivait récemment sur le blogue de son entreprise, Mediassociates, qu’il est temps de repenser la définition même de ce qu’est la télévision.

Il en veut pour preuve le fait qu’Apple s’apprête à lancer une nouvelle Apple TV, mais pas celle qu’on attend : comme la plupart des observateurs, il croit que ce ne sera pas une amélioration du gadget actuel. Mais il ne croit pas non plus que ce sera un autre méga grand écran connectable à l’internet. Il voit plutôt un appareil qui servira d’écran d’appoint et ne cherchera pas à remplacer cet écran géant que le consommateur vient tout juste d’acquérir.

Ce qu’Apple s’apprête à offrir, selon lui,  c’est – accessoirement – un appareil qui permettra de consommer du contenu audiovisuel partout, à notre gré et selon nos besoins, mais surtout un nouvel écosystème qui, à la manière d’iTunes, régira la distribution et la vente de contenu audiovisuel sous toutes ses formes :

“In a few years, you might have a little 15-inch Apple TV screen in your bedroom for movies, bathroom for morning news, kitchen for cooking channels, garage for repairing your bicycle. Apple could charge $400 each for the glass panels, make a slight margin on hardware, and lock you into a wonderful new iTunes-like ecosystem that cracks open $144 billion in ad dollars and subscription fees.”

Libérez le contenu ?

Dans Content is King, Bill Gates ajoutait : “One of the exciting things about the Internet is that anyone with a PC and a modem can publish whatever content they can create. In a sense, the Internet is the multimedia equivalent of the photocopier. It allows material to be duplicated at low cost, no matter the size of the audience.

Il oubliait ici un petit détail important : les paiements dus aux ayants droit – les producteurs du contenu –  chaque fois qu’on copie leur propriété, que ce soit physiquement avec une bonne vieille Xerox, ou virtuellement sur internet.

Si le modèle d’affaires qu’Apple a réussi à imposer avec iTunes est indicateur de ce qui attend le contenu audiovisuel, celui-ci n’est pas proche de se libérer du joug du distributeur. Selon le journaliste américain Robert Levine qui publiait récemment : Free Ride. How Digital Parasites are Destroying the Culture Business, and how the Culture Business Can Fight Back (en soi tout un programme !), la musique pour Apple, c’est le produit d’appel, le loss leader qui fait vendre des iPods et leurs gadgets:

“Ironiquement, la décision qui a valu aux maisons de disques le plus de reconnaissance a peut-être été leur pire décision. Leur empressement à trouver un système de gestion des droits numériques décent les a amenées à en accepter un qu’elles ne contrôlent pas, ce qui a permis à Apple de dominer le marché. Elles ont réussi à soutirer d’Apple soixante-dix sous pour chaque vente de quatre-vingt-dix-neuf sous, ce qui laisse à Apple un très faible profit après soustraction des dépenses de traitement des transactions en ligne et d’exploitation du magasin iTunes. L’entreprise amasse de tels profits grâce à l’iPod et aux produits dérivés qu’elle exploite essentiellement son magasin au détail en ligne pour les commercialiser. Comme Walmart, Apple vend de la musique pour promouvoir ses produits plus rentables, ce qui lui donne le levier nécessaire pour vendre la musique de la façon qu’il le souhaite (page 67).”

Dans son livre, Robert Levine défend les principes du copyright et fustige les tenants de règles plus souples comme Creative Commons (Creative Commons serait acoquiné selon lui avec Google – la belle-mère de Sergey Brin est membre du conseil d’administration, entre autres). Dans chaque coin du ring, on fait valoir que plus – ou moins – de protection du contenu encourage –  ou brime – l’innovation et la créativité.

Que l’on soit d’accord ou non, il reste que plus le contenu est libéré des contraintes du copyright, plus les profits des agrégateurs augmentent.

Le contenu, vedette de la conférence MIXMÉDIAS Montréal, doit-il être libéré ou protégé? Une chose est sûre, sans contenu, les agrégateurs se retrouveraient comme un roi sans sujets.

 

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La presse et le web, un peu, beaucoup, à la folie, pas du tout?

L’avenir de la presse écrite n’est plus ce qu’il était

Photographie Crieur de journaux dans la rue, vers 1905 Anonyme, Gélatine argentique, MP-0000.586.112 © Musée McCord

Ce n’est pas un scoop, l’industrie de la presse a été particulièrement bousculée par l’avènement du numérique : de près de 50 milliards de dollars qu’ils étaient en 2000, les revenus publicitaires des entreprises de presse aux États-Unis et au Canada ont fondu  à 24 milliards $ en 2011. 13% de ces revenus provenaient des versions en ligne.[1]

Pendant ce temps, nous sommes de plus en plus nombreux à nous tourner vers l’internet comme source d’information. Selon l’enquête NETendances du CEFRIO, Internet comme source d’information des Québécois,  publiée le 8 janvier dernier,  « En seulement douze mois, Internet comme principale source d’information des Québécois a connu une progression fulgurante, passant de 15 % en 2010 à 30 % en 2011 (…) chez certains groupes d’âge, Internet a dépassé la télévision. » Aux États-Unis, selon le Pew Research Center,  c’est 61% des Américains qui s’informent en ligne.

Toujours selon l’enquête du CEFRIO, les principales sources d’information consultées en ligne demeurent les médias traditionnels  (Le Devoir, Cyberpresse, Radio-Canada, etc.). Reflet de ces paradoxes créés par la nouvelle économie numérique, les médias traditionnels sont toujours les premières sources d’information, en ligne ou hors ligne, mais le maintien de cette primauté se fait au détriment de leur survie même.

Comme Clay Shirky l’a écrit, les vieux modèles se brisent beaucoup plus rapidement qu’on ne peut en mettre de nouveaux en place.

Peut-être la technologie numérique est-elle encore trop neuve, écrit Lewis H. Lapham dans le Lapham’s Quarterly du printemps 2012 consacré aux moyens de communication, trop nouvelle pour qu’on comprenne vraiment où elle nous entraîne. L’écriture est apparue sur des tablettes d’argile il y a 3 000 ans avant notre ère, il a fallu attendre encore 3 000 ans pour que l’humanité invente le codex (livre manuscrit), 1 500 ans avant que Gutenberg n’invente l’imprimerie. Puis 532 années se sont écoulées entre cette invention et l’arrivée de l’internet. L’ordinateur personnel n’a pas encore 40 ans, le World Wide Web vient de fêter son vingtième anniversaire.  « We’re still playing with toys. »

Depuis McLuhan, on sait à quel point l’invention de l’imprimerie a transformé la civilisation occidentale de manière fondamentale. Aujourd’hui, nous traversons une autre période transformative pour l’humanité, l’ère numérique. Pour nombre d’observateurs, dont Jeff Jarvis, il y a lieu d’établir des parallèles entre la galaxie Gutenberg et l’univers internet.

Dans le chapitre portant sur la presse dans son plus récent livre, Public Parts, il rappelle qu’à l’époque de Gutenberg les premiers éditeurs ont simplement tenté de reproduire le travail des scribes qui jusqu’alors peinaient à rédiger les livres à la main : la première police de caractère utilisée, Textura, était calquée sur l’écriture manuscrite. L’impression mécanique était alors simplement perçue comme une façon plus rapide d’écrire, certainement pas comme l’instrument d’une révolution sociale.

Le problème des médias aujourd’hui, souligne  le spécialiste américain de l’économie des médias, le professeur Robert Picard dans le document Mapping Digital Media : Digitization and Media Business Models, ne tient pas tant à l’inefficacité de leurs modèles d’affaires à trouver de nouvelles sources de revenus ou à accroître les sources existantes, mais dans le fait qu’ils sont trop nombreux à tenter de vendre des produits du 19e et du 20e siècle au 21e siècle.

Ces produits des médias traditionnels, poursuit le professeur Picard, ont été créés dans des environnements économiques, politiques et médiatiques qui n’existent plus aujourd’hui. Pour survivre, les médias devront réviser l’essence même de leur offre et s’assurer qu’elle représente vraiment une valeur centrale pour leurs clients. S’assurer également que leurs produits et services sont vraiment uniques ou distinctifs et fournis de manière parfaitement adaptée au nouvel environnement interconnecté.

La fin du papier?

Si demain les journaux papier et tout leur système de distribution physique disparaissaient, nous dit le professeur Picard, les coûts de production et de distribution de l’industrie de la presse seraient réduits d’environ la moitié. Cela permettrait aux producteurs de récupérer davantage de la valeur produite par leur contenu.

Toute logique soit-elle économiquement parlant, la décision d’abandonner complètement les supports papier est difficile à prendre, ne serait-ce qu’en raison de l’interdépendance des activités en ligne et sur papier des entreprises de presse. Selon le professeur Picard, il faut s’attendre à ce que le nombre de journaux qui abandonnent leur version imprimée augmente significativement au cours des deux prochaines décennies.

Mais avant d’en arriver là, la presse en ligne devra prouver sa rentabilité, à travers, entre autres le débat pro/anti paywall, débat d’autant plus polarisé qu’il se déroule au sein d’une industrie essentielle à la vie démocratique  de notre société. Comme l’a déjà dit un directeur général de l’information de Radio-Canada devant le CRTC en parlant de l’information, dans le cadre du dernier renouvellement des licences du radiodiffuseur public (au siècle dernier), ce n’est pas dans la petite pudding cette affaire-là, madame!

Du côté des antis paywall, nous avons le très respecté Guardian de Londres, le pionnier en matière de présence en ligne. Le rédacteur en chef du Guardian, Alan Rusbridger est opposé à ce modèle  parce que selon lui, malgré qu’il fasse du sens en termes économiques, son application entrave l’accessibilité à l’information et dilue l’influence éditoriale d’un organe de presse.

Le Guardian, qui a entrepris son virage numérique en 1996, annonçait ainsi sa stratégie l’an dernier: Digital first, a window of opportunity. The Guardian has recognised that it must invest in technological innovation if it is to create social justice in the 21st century (pas de la petite pudding, on l’a dit…) Selon les résultats financiers livrés avec cette annonce toutefois, The Guardian News & Media (GNM) affichait des pertes de 36 millions $ en 2011, ses revenus étant passés de 352 millions $ à 315 millions $.

J’ai frappé le mur… le paywall du New York Times

De l’autre côté de l’océan, le paywall érigé par le New York Times en mars 2011 semble être un succès. C’est en tout cas ce que dit le communiqué émis par The New York Times Company le 25 avril 2012 :

Today we can say with authority that our plan is a success, with nearly half a million people now paying for the various digital subscription packages, e-readers and replica editions of The New York Times, the International Herald Tribune and The Boston Globe.”

D’après les résultats du premier trimestre 2012, les revenus de distribution du NY Times ont augmenté de 9,7%  (cela comprend les nouveaux revenus du paywall, mais également une augmentation des tarifs d’abonnement à la version papier). Les revenus totaux, toutefois, ont diminué de 0,3 % (de 500,7 millions $ à 499,4 millions $), les revenus de la publicité en ligne de 10,3% (en grande partie à cause de la division About.com).

La presse de chez nous est également en train d’implanter le modèle du paywall.  Le groupe Postmedia Network, propriétaire de La Gazette de Montréal et du National Post, entre autres, a annoncé début avril qu’il allait déployer le modèle de paywall graduellement au cours de l’année, et le Journal de Montréal s’apprêterait à faire de même.  Le Devoir a mis en ligne sa propre version il y a déjà quelques années. Le plan iPad de La Presse a fait jaser sur les réseaux sociaux il y a un an (rien de nouveau depuis, sinon un concours lancé la semaine dernière, Êtes-vous techno, qui fait miroiter la chance de gagner un iPad en échange  d’informations précieuses sur la pénétration des tablettes chez le lectorat.)

Et si rien ne marche, il restera toujours les robots

Si tous les modèles, expérimentations et diversifications tous azimuts ne réussissent pas à sauver la presse, il suffira de remplacer les journalistes par des robots comme le propose l’entreprise Narrative Science, qui a mis au point des algorithmes qui explorent le web, en extraient des données factuelles et rédigent des textes les mettant en contexte de façon fluide. Pour être juste, il faut préciser que l’entreprise se défend de vouloir éliminer les journalistes. Leurs activités se concentrent actuellement sur des comptes rendus de résultats de ligues sportives mineures, ou des résultats financiers de petites entreprises, sujets habituellement non couverts par les journalistes humains. Mais le CTO de l’entreprise estime tout de même que ses robots pourraient remplacer 95% des journalistes d’ici 15 ans.

Dans Public Parts, Jeff Jarvis souligne qu’il a fallu un bon siècle après Gutenberg avant qu’on commence à délimiter le nouveau monde que son invention a fait émerger. En regardant dans le rétroviseur, les changements provoqués par l’internet peuvent sembler énormes, mais :

…we are still early in this revolution. We ain’t seen nothin’ yet.

Si la question de l’affrontement Web vs papier vous intéresse, vous ne voudrez pas manquer la conférence Web content vs Print qui sera animée par Arjun Basu et Craig Silverman. Arjun est un écrivain montréalais qui rédige des historiettes de 140 caractères sur Twitter et est directeur du contenu de Spafax, le producteur de contenu personnalisé (En route d’Air Canada, entre autres). Craig est un journaliste très actif en ligne, qui, entre autres, traque les erreurs des médias sur le blogue Regret the error (acheté récemment par Poynter) et réfléchit sur leurs répercussions dans le monde numérique.

 


[1] Source des données : Newspaper Association of America qui représente 2000 entreprises de presse canadiennes et américaines.

 

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Contenu sur le web : faisons payer les FSI

Le 19 mars dernier Nathalie Collard signait dans La Presse un article portant sur la quasi inexistence des sources de financement pour la webtélé et concluait avec une idée émise par un producteur : la constitution d’un fonds semblable au fonds des câblodistributeurs qui serait alimenté par les fournisseurs de services internet (FSI).  « On consomme de plus en plus de bande passante et les fournisseurs s’enrichissent. Il pourrait y avoir un système de redevances…»

« Une idée à explorer », souligne l’article.  En fait, faire payer les FSI, c’est une idée explorée depuis longtemps et pas seulement chez nous.

En France, par exemple, elle s’est faufilée dans la campagne électorale en cours : « avec le printemps électoral, les propositions de taxer le numérique fleurissent », titre poétiquement le vice-président du Conseil national du numérique français. Sous une forme ou une autre, le Syndicat de la Presse Quotidienne Nationale, le Parti Socialiste, le SNEP (Syndicat de l’édition phonographique), le Ministre de la Culture et de la communication ont proposé de taxer soit les fournisseurs, soit les « géants » étrangers, soit certains types de sites internet.

On se bouscule pour obtenir sa part des revenus engrangés par les véritables gagnants de la révolution internet, les fournisseurs d’accès et de services, ces nouveaux intermédiaires entre les consommateurs et les créateurs de contenu.

Et on manie la rhétorique avec élégance pour convaincre.  Dans un rapport commandé par le ministre de la culture et de la communication français, on recommande l’imposition d’une taxe, sur les fournisseurs d’accès internet, au profit de la « filière musicale » avec les arguments suivants :

Si la filière musicale est en crise, la musique reste au cœur des pratiques culturelles des Français. Alors que la plupart des acteurs de la filière musicale rencontrent de profondes difficultés, des acteurs extérieurs à la filière ou situés à ses marges captent une part croissante de la valeur liée à la création de contenus musicaux, qui sont pour eux un « produit d’appel ».

A plus long terme, la taxe pourrait devenir une contribution des FAI (fournisseurs d’accès internet) au financement de l’ensemble de la création culturelle (musique, cinéma, livre…). Toutes les industries créatives sont en effet sources d’externalités positives pour les FAI.

Les patrons de presse français, utilisent des  arguments assez similaires pour réclamer leur part du gâteau internet :

La presse fait partie des motifs importants de consultation d’Internet sur les appareils mobiles, insiste Denis Bouchez, directeur du SPQN. Nous représentons un secteur qui contribue fortement à l’émergence de l’économie numérique, et nous sommes peut-être celui qui en bénéficie le moins. Il existe des mécanismes de redistribution pour le cinéma et la musique, mais rien pour la presse. Or, nous sommes un secteur qui relève de l’intérêt général de la démocratie.”

Retour au pays : parcours de l’idée d’une taxe/redevance/compensation

L’argument des créateurs de contenu en faveur de la taxation des fournisseurs d’accès et de services, serait, pour simplifier : nos contenus contribuent à votre richesse, il est normal que vous nous en redistribuiez un peu. Ou, pour en revenir aux sources d’externalité positives, c’est un peu comme si l’abeille réclamait sa part des profits de l’apiculteur, ou si l’arboriculteur, qui a mis sur le chemin des abeilles des arbres qui ont permis d’améliorer la qualité de leur miel, le faisait également.

 

Pour revenir chez nous et la proposition de départ, l’idée de demander une redevance aux FSI pour financer les contenus audiovisuels distribués par internet a été soumise au CRTC en 2009  par des associations de producteurs, d’artisans et de créateurs, dans le cadre d’une consultation sur la radiodiffusion par ce qu’on appelait encore à l’époque les « nouveaux » médias.

Le CRTC avait alors décidé qu’il était prématuré de mettre en place des mécanismes de soutien à la diffusion d’un contenu canadien de radiodiffusion par les nouveaux médias, d’autant plus qu’il n’était pas possible de baliser cette diffusion (c’est-à-dire mesurer – le Conseil s’est rapidement aperçu que vouloir mesurer le contenu canadien sur l’internet revenait à essayer de mesurer les gouttes d’eau en provenance de cours d’eau canadiens dans l’océan…)

Pour que le Conseil puisse avoir juridiction sur les FSI dans le cadre juridique et réglementaire actuel,  il aurait fallu que ceux-ci soient reconnus comme des « entreprises de radiodiffusion », qui, en tant que partie intégrante du système de radiodiffusion canadien, sont tenus de contribuer à son développement. Le Conseil a décidé de ne pas décider… et, sans doute pour démontrer les limites de ses pouvoirs et la vétusté de la Loi sur la radiodiffusion (le président de l’époque a milité pour une refonte de celle-ci), a demandé au pouvoir législatif de prendre position. Il a donc renvoyé la question devant la Cour d’appel fédérale : est-ce que les FSI sont des entreprises de radiodiffusion ?

La Cour d’appel a répondu : non. Non, parce que les FSI n’ont pas de contrôle sur le contenu qu’ils transmettent.

Les groupes culturels ont fait appel devant la Cour suprême qui a tranché très rapidement : la Cour d’appel avait raison,  « Dans leur rôle de fournisseurs d’« accès à la “radiodiffusion” au moyen d’Internet », les FSI ne sélectionnent ni ne sont à l’origine de la programmation, pas plus qu’ils ne regroupent ou n’offrent de services de programmation. »

(Cela dit, si la réponse avait été affirmative, la question des redevances était loin d’être réglée. Les FSI auraient alors relevé de l’ordonnance d’exemption des nouveaux médias, ordonnance qui les exempte des obligations des autres composantes du système. En outre, reconnaître leur contrôle sur le contenu transmis aurait ouvert la boîte de Pandore de leur responsabilité face à ce contenu.)

Le web de demain : contrôlé par le cable guy

On le voit, l’argumentation en faveur de la redevance, basée sur la théorie économique des sources d’externalité positives –  on contribue à votre richesse, c’est normal que vous nous en retourniez un peu – se bute, chez nous en tout cas, à un parcours semé d’embûches législatives et réglementaires.

Cet argument provoque, de toute façon, la parade « Huffington Post » : en compensation, vous obtenez une visibilité à laquelle vous n’auriez jamais eu accès sans nous et c’est votre responsabilité d’en tirer le meilleur profit possible.

On vit une période de transition caractérisée par une évidence : au plan législatif et réglementaire on utilise des outils du 20e siècle très peu adaptés à l’environnement culturel, technologique et économique qui se met en place au 21e siècle.

Dans le rapport français cité au début, on signale que cette « phase de transition vers de nouveaux modèles économiques viables et rémunérateurs et dont la durée est aujourd’hui impossible à anticiper, […]  risque de voir « disparaître « l’outil de production » et le savoir faire local, ce qui serait évidemment préjudiciable tant à la diversité culturelle qu’à la création française. » Et que l’intervention de l’État dans ce contexte se justifie, « non pas pour maintenir le statu quo, « mais [afin] de contribuer à la sauvegarde d’un outil de production, d’un savoir-faire et d’une diversité de la création, tout au long de la période de transition. »

Je trouve que c’est un argument qui se tient. On voit de plus en plus, en effet, ces nouveaux intermédiaires, par lesquels il faut de plus en plus passer pour consommer du contenu web,  imposer leurs façons de faire et leurs propres produits, façonnés pour s’attirer l’adhésion de la masse mondiale.

Et pour en revenir à l’analogie avec la câblodistribution du début, elle permet d’établir des parallèles avec le développement du web. Dans un rapport publié par le Pew Internet (et dont je traite dans ce billet sur le blogue de webcom), Susan Crawford compare le web à la télévision par câble : 

The rapid global adoption of narrowly targeted software applications—increasingly popular because of their ease of use on mobile devices—is negatively impacting creativity, innovation, and individuality on the World Wide Web. “Apps are like cable channels—closed, proprietary, and cleaned-up experiences…I don’t want the world of the Web to end like this. But it will, because people’s expectations have been shaped by companies that view them as consumers. Those giant interests will push every button they can: fear, inexperience, passivity, and willingness to be entertained. And we’ll get a cleaned-up world that we can be perfectly billed for. It’s not good.

Le web de demain: un monde propre et bien rangé, qu’il sera plus commode de débiter en tranches facturables.

Tout ça, ce sont des hypothèses, théories et raisonnements.   Pour mieux cerner la réalité – au ras les pâquerettes – de ceux qui vivent aujourd’hui le défi de trouver du financement pour la web télé, quelques-uns finalistes des prix numix 2012  participeront, dans le cadre de la conférence MIXMÉDIAS, à un panel où ils discuteront  de leurs modèles de revenus 

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Télévision sociale : show me the money!

En mars dernier, le magazine TVGuide a demandé à un panel de définir ce qu’est la télévision sociale. Environ 40% des participants ne savaient pas quoi répondre.  60% ont proposé une définition, parmi lesquelles celle-ci : « Another stupid marketing term for how people have always watched TV. » 

Et pourtant, tapez « social TV » dans Google et vous obtiendrez 1000 pages de résultats, sans doute parce que l’expression a atteint le statut d’expression-valise, est devenue une catch-all phrase qui contient tous les espoirs de revitalisation d’une industrie bousculée par le vent du changement numérique. Aujourd’hui, social TV  sert à englober tout ce qui est en train de se tramer et de se développer autour du médium de la télévision qui, faut-il le rappeler, a été l’une des innovations technologiques et culturelles majeures du 20e siècle et est encore aujourd’hui le seul média en mesure de rejoindre des auditoires de masse.

Pour simplifier mon propos, je ne m’enfargerai pas ici dans la technologie et ne parlerai pas de la télévision connectée et autres télévisions intelligentes, ces nouveaux appareils qui se branchent directement à l’Internet, et de leurs applications.  C’est un sujet qui sera discuté en long et en large dans le cadre de la conférence Montréal Web Vidéo qui se déroulera simultanément à MIXMÉDIAS le 17 mai prochain et est produite par le Groupe Évolumédia.  

Il y a déjà suffisamment à débroussailler dans le champ ouvert par la définition proposée par les auteurs du tout récent livre « Social TV », Stacey Shepatin et Mike Proulx : la télévision sociale, c’est la convergence entre la télévision de papa (ou de grand-papa, selon la lettre de la génération à laquelle vous appartenez) et les médias sociaux.

De cette convergence deux applications distinctes émergent : l’analyse syntaxique des commentaires sur les médias sociaux en relation avec les émissions et annonces afin d’aider les annonceurs comme les programmateurs à mieux cibler leurs clientèle/téléspectateurs et l’exploitation du flux d’activités sur les médias sociaux pour mieux vendre/communiquer en direct.

Télévision sociale : bonanza* pour les annonceurs et les programmateurs

*Bonanza comme dans : “source of great wealth or prosperity”, une manne, une période d’abondance

Ce n’est pas moi qui le dis, mais  le MIT Technology Review au sujet  de Bluefin Labs dans une entrevue vidéo avec son CEO, Deb Roy, un ancien de MIT : “ They hope to tap the latest science to provide a bonanza for marketers and programmers.”

Bluefin Labs est une startup qui se distingue parmi un nombre grandissant d’entreprises se consacrant à l’analyse syntaxique des commentaires publiés sur les médias sociaux. Bluefin Labs enregistre le signal vidéo d’un peu plus de 200 chaînes de télévision américaines et les croise avec les commentaires publiés sur les médias sociaux  à leur sujet.

En décembre 2011, on estimait que sur les quelques 300 millions de commentaires publiés en ligne dans le monde quotidiennement, et dont environ les deux tiers le sont sur Twitter, 10 millions de ces commentaires en moyenne étaient consacrés à la télévision. Et ce nombre va en augmentant.

Les scientifiques de Bluefin Labs ont développé une technologie qui leur permet d’indexer presque tout ce qui est diffusé à la télévision. Par exemple, au cours de la première semaine d’octobre 2011, les coupoles satellites de l’entreprise avaient enregistré chaque minute de plus de 210 000 épisodes de 7 100 émissions de télévision américaines, y compris les publicités. Ils sont en mesure de tracer des relations directes entre le contenu télévisuel et les réactions sur les médias sociaux. Là où les analyses traditionnelles – dans la mesure où on peut parler de tradition dans une spécialité si jeune –  du contenu des médias sociaux enregistraient une hausse de 7 pourcent des conversations au sujet de Pepsi, au moment de la diffusion d’une annonce particulièrement aguichante pendant le dernier Super Bowl, Bluefin Labs compilait le nombre exact de diffusions totales du commercial, analysait chacun des commentaires émis à son sujet et concluait à une hausse globale de 19 pourcent de la conversation grâce à cette publicité.

Cela dit, quel est l’intérêt, ou plutôt, quelle est la valeur de l’activité sur Twitter pour les annonceurs et les programmateurs, au-delà de la possibilité d’analyser en direct et en temps réel les réactions des téléspectateurs ?  Ou, pour se placer du point de vue de la conférence MIXMEDIAS Montréal, est-ce que la télévision sociale permettra d’augmenter et de diversifier les sources de financement des contenus ?

Ce n’est pas encore évident, mais les choses se mettent en place tranquillement, répondent Mike Proulx et Stacey Shepatin, les auteurs de « Social TV », à Mitch Joel (divulgation : j’aime cet homme d’amour pour son esprit brillant et parce qu’il est montréalais et fier de l’être) dans ce podcast de Six Pixels of Separation by Twist Image. Pour l’instant, les promesses de la télévision sociale sont encore étroitement liées au vieux modèle d’affaires de la télévision, soit l’augmentation des parts d’auditoire, grâce à une analyse fine de ce qui résonne vraiment avec l’auditoire et du contexte qui l’exploite le mieux, mais également grâce à une plus grande réverbération de leurs efforts de promotion.

On commencerait à récolter des indices sur le lien entre les médias sociaux et les auditoires. NMIncite, un partenariat entre Nielsen et McKinsey, aurait réussi à établir une corrélation entre la conversation sur les médias sociaux quelques semaines avant la première d’une émission, et la part d’auditoire au moment de la diffusion. Selon eux, une augmentation de 9 % de la conversation parmi les 18 à 34 ans équivaudrait à une augmentation de part de 1 %.

Show me the money, vraiment

Mais la proposition qui semble la plus susceptible de résulter en des espèces sonnantes et trébuchantes, c’est ce que des entreprises comme Miso et GetGlue sont en train de développer. Ces startups ont lancé des applications pour le deuxième écran – téléphone, tablette, portable –qui facilitent les échanges entre amis et fans autour d’émissions préférées. (À noter : Prakash Venkataraman, responsable des partenariats et du développement d’affaires chez Miso participera à Montréal Web Vidéo.)

Le programme SideShows de Miso permettra d’ajouter un aspect « crowdsourcé » au contenu qui accompagne l’expérience de visionnement avec cette application. SlideShow permet de créer un contenu qui se synchronise avec l’émission, des informations sur les acteurs, par exemple, ou encore le nom d’une chanson. Ou l’accès direct au site où on peut acheter en ligne ce si joli chandail porté par un personnage, comme on peut le voir dans cette vidéo promotionnelle.

Là on commence à parler sérieusement. Show me the money, vraiment. D’ailleurs, les startups en technologie qui travaillent à améliorer l’expérience de visionnement de la télévision seraient, selon cette analyse du Wall Street Journal,  les plus populaires auprès des investisseurs. Google Ventures, entre autres, a investi dans Miso.

L’avenir : quelque chose comme un retour vers le futur ?

La télévision sociale sera-t-elle l’avenir de la télévision ?  Les auteurs de Social TV le croient, eux qui soulignent en introduction que la télévision sociale va sans doute sonner le retour de l’écoute en direct, donc de la télévision de rendez-vous que la plupart des observateurs tenaient pour moribonde tout récemment :

The Internet didn’t kill TV! It has become its best friend. While TV has always been a social experience, social media has created a new and powerful “backchannel” fueling the renaissance of live viewing and leveraging the second screen. 

NBC Universal y croit également, qui, le 3 avril dernier, tenait son deuxième « Symposium sur la télévision sociale » en moins de sept mois. On y a discuté sérieusement de ROI et de KPI, des représentants de Facebook et de Twitter ont parlé de leurs visées par rapport à la télévision, des dirigeants de réseaux comme NBC Sports, Bravo, USA Network ont présenté leurs expériences et leurs projets et les meilleures formules se sont  retrouvées sur Twitter, comme de raison (cliquer ici pour un compte rendu Storify de la conférence). Tweets choisis :

Ce dernier tweet, en particulier, démontre éloquemment à quel point, en télévision comme dans bien des domaines, on réinvente souvent la roue, malgré les avancées technologiques. « Created with » ? Comme si la commandite intégrée à la trame de l’émission était une nouvelle invention ! Jetez un coup d’œil à ce clip de La famille Plouffe datant de 1954 :

Image de prévisualisation YouTube

(Extrait de La famille Plouffe présenté dans le cadre de l’émission “Ici Louis-José Houde” diffusée à Radio-Canada. Les clochettes comptent le nombre de fois où le nom de la marque est mentionné.)

 

Publié dans : Réseaux sociaux, Télévision sociale, Twitter

Le canari n’est pas mort dans la mine

 

Vous connaissez sans doute la métaphore du canari dans la mine de charbon, cette expression qui fait référence à une pratique ancienne qui consistait à envoyer un canari dans une mine pour détecter des gaz nocifs. Tant que l’oiseau chantait, tout baignait. Quand on ne l’entendait plus, c’était le temps d’évacuer!

L’expression est aujourd’hui utilisée pour désigner tout ce qui pourrait constituer des signes avant-coureurs de catastrophe imminente. Elle l’a été pour illustrer la situation de l’industrie de la musique, la première industrie frappée par l’ouragan internet. La musique a été le canari de l’ensemble des industries du divertissement dans le monde.

C’est connu, les industries qui composent la filière musicale ont subi des baisses de revenus assez dramatiques depuis le début de 21e siècle. Au Québec, cela s’est traduit par une baisse des ventes d’enregistrement sonores, quel que soit le support, de 30% depuis 2005. Comme partout dans le monde, la croissance des ventes de produits numériques est venue compenser une partie de la baisse des ventes de CD, mais une partie seulement.

L’IFPI (International Federation of the Phonographic Industry) estime que le marché mondial de la musique a perdu plus de 30% de sa valeur de 2004 à 2010. Aux États-Unis seulement, selon la firme de recherche Forrester, les revenus de ce marché sont passés de 15 milliards$ en 1999 à 6 milliards$ en 2009.

Le canari semblait, encore tout récemment, à l’article de la mort.

Pourtant, il n’a jamais cessé de chanter. Et il semble qu’il soit en train de reprendre du poil de la bête (pour rester dans les métaphores animalières!).

Un indicateur de cette renaissance, selon l’IFPI, serait la part des revenus provenant du numérique, qui a atteint le tiers des revenus totaux de la musique en 2011 (aux États-Unis, le numérique atteindrait une part de plus de 50%), bien davantage que les revenus numériques des autres industries du divertissement, comme illustré dans le graphique ci-dessous.

Source : IFPI Digital Music Report 2012

Toujours selon l’IFPI, les ventes de musique numérique augmentent à un rythme accéléré. Un autre indicateur de la renaissance est l’augmentation du nombre de services de musique en ligne (services légaux bien sûr). Ces services se divisent essentiellement en deux modèles d’affaires, l’un basé sur l’accès illimité à un catalogue par abonnement, l’autre reposant, comme iTunes, sur l’acquisition de la musique.

En 2011, il y avait environ 500 services de musique en ligne dans le monde, répartis dans 58 pays et ces services comptaient 13 millions d’abonnés, une augmentation de 65% par rapport à  2010.

La plupart de ces services offrent le choix entre un abonnement gratuit et un abonnement payant en échange de certains avantages (comme l’absence de publicité et une meilleure qualité sonore). La clé du succès pour ces services reposera sur leur capacité à convertir une bonne proportion de leurs abonnés gratuits en abonnés payants. Spotify, le service de streaming musical d’origine suédoise, s’est lancé dans le marché américain en juillet 2011 et le tiers de ses 400 000 abonnés payants américains auraient moins de 24 ans.

Tout ça est bel et bon, mais qu’en est-il de notre petit marché québécois ?

Où se situe la production québécoise dans le grand échiquier mondial de tout ce qui se transige en ligne?

Dans le marché physique,  l’industrie de la musique québécoise est parvenue à se tailler une place enviable dans son marché local, en dépit de l’étroitesse de celui-ci, entre autres parce qu’elle a pu tirer son épingle du jeu au moment de la crise du disque des années 80, soutenue en cela par la mise en place de programmes gouvernementaux (PADES, PADISQ et MUSICACTION).

Mais depuis, cette position s’est fragilisée dans un marché numérique où les majors, Universal, Sony, Warner et EMI, maintiennent leur domination (environ 80% des marchés de vente de la musique, le marché numérique comme le marché global). C’est là où s’alimentent d’abord et avant tout les plateformes de distribution et de diffusion numérique. Et, donnée non négligeable, au Québec la vente de pistes numériques augmente, mais la musique québécoise ne réussit pas à y faire sa place. En fait, selon une hypothèse avancée par l’Observatoire de la culture et des communications du Québec, « l’acheteur moyen de pistes numériques serait jeune et moins porté à consommer de la musique d’artistes québécois que les consommateurs plus âgés. »

Il est également important de déboulonner le mythe de l’accès universel au contenu en ligne. Comme dans le monde physique, l’univers du produit culturel numérique – en tout cas sa zone légale – est délimité par les mêmes frontières territoriales que le monde physique. C’est pourquoi plusieurs des services dont vous entendez parler régulièrement ne sont pas encore disponibles à l’internaute canadien. Ce n’est pas en raison des règles du CRTC, un autre mythe mal informé que j’ai souvent entendu ou lu, mais en raison des règles liées aux œuvres protégées par droit d’auteur, ce que sont la majorité des produits culturels, faut-il le rappeler.

La pérennité du produit québécois dans ce nouveau monde dépend donc d’un grand nombre de facteurs dont plusieurs sont encore très incertains aujourd’hui.  La question du droit d’auteur, en particulier, est un tout autre chapitre sur lequel je me promets de revenir rapidement dans le cadre de ce blogue, à tout le moins avant que le projet de Loi C-11, qui vise à moderniser la Loi sur le droit d’auteur du Canada, soit adopté par le Parlement canadien (avant l’été probablement).

Au Québec, dans ce nouveau monde comme dans l’ancien, les entreprises culturelles sont fortement tributaires du soutien de l’État.

La semaine dernière, dans son budget 2012-2013, le gouvernement québécois a annoncé des investissements de 20 millions de dollars au cours des cinq prochaines années dans des initiatives qui doivent soutenir le virage numérique de l’offre culturelle. Ce qui reviendra à la musique, et surtout, comment on appliquera ces injections de nouveaux fonds dans ce secteur, n’est pas encore connu. Dans ce nouveau monde où 5 milliards de chansons auraient été partagées sur Facebook depuis la mise en ligne en septembre 2011 du nouveau bouton « Listen with » (pas encore disponible au Canada), osons espérer que les efforts et les sommes investis seront adéquats.

MixMédias Montréal le 17 mai : sortie de l’impasse

L’an dernier, le thème du congrès annuel de l’Association des producteurs de films et télévision du Québec, l’APFTQ, était « Serions-nous les prochaines victimes d’internet? » (étant entendu que la première victime avait été la musique).

Cette année, pour son congrès 2012 qui aura lieu le 24 avril, l’APFTQ se demande plutôt « devons-nous favoriser l’émergence d’une industrie de la création de contenus originaux adaptée aux nouveaux formats multi-écrans et transmédia au Québec ? »

Espérons que c’est là un bon indice que le milieu de la création de contenu en a fini avec le syndrome de la victime, qui après tout, ne peut que mener à l’impasse. Et que le 17 mai prochain, les conférenciers de la conférence MixMédias Montréal, consacrée à la monétisation des contenus, auront des avenues créatives et innovantes à proposer.

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