Close X

Mixmédia Montréal

Le rendez-vous des créateurs en contenu numériques

Autres événement

 

Pre-pitch

 

Testcamp

Pour les modus
du développement
web

 
 

Le canari n’est pas mort dans la mine

 

Vous connaissez sans doute la métaphore du canari dans la mine de charbon, cette expression qui fait référence à une pratique ancienne qui consistait à envoyer un canari dans une mine pour détecter des gaz nocifs. Tant que l’oiseau chantait, tout baignait. Quand on ne l’entendait plus, c’était le temps d’évacuer!

L’expression est aujourd’hui utilisée pour désigner tout ce qui pourrait constituer des signes avant-coureurs de catastrophe imminente. Elle l’a été pour illustrer la situation de l’industrie de la musique, la première industrie frappée par l’ouragan internet. La musique a été le canari de l’ensemble des industries du divertissement dans le monde.

C’est connu, les industries qui composent la filière musicale ont subi des baisses de revenus assez dramatiques depuis le début de 21e siècle. Au Québec, cela s’est traduit par une baisse des ventes d’enregistrement sonores, quel que soit le support, de 30% depuis 2005. Comme partout dans le monde, la croissance des ventes de produits numériques est venue compenser une partie de la baisse des ventes de CD, mais une partie seulement.

L’IFPI (International Federation of the Phonographic Industry) estime que le marché mondial de la musique a perdu plus de 30% de sa valeur de 2004 à 2010. Aux États-Unis seulement, selon la firme de recherche Forrester, les revenus de ce marché sont passés de 15 milliards$ en 1999 à 6 milliards$ en 2009.

Le canari semblait, encore tout récemment, à l’article de la mort.

Pourtant, il n’a jamais cessé de chanter. Et il semble qu’il soit en train de reprendre du poil de la bête (pour rester dans les métaphores animalières!).

Un indicateur de cette renaissance, selon l’IFPI, serait la part des revenus provenant du numérique, qui a atteint le tiers des revenus totaux de la musique en 2011 (aux États-Unis, le numérique atteindrait une part de plus de 50%), bien davantage que les revenus numériques des autres industries du divertissement, comme illustré dans le graphique ci-dessous.

Source : IFPI Digital Music Report 2012

Toujours selon l’IFPI, les ventes de musique numérique augmentent à un rythme accéléré. Un autre indicateur de la renaissance est l’augmentation du nombre de services de musique en ligne (services légaux bien sûr). Ces services se divisent essentiellement en deux modèles d’affaires, l’un basé sur l’accès illimité à un catalogue par abonnement, l’autre reposant, comme iTunes, sur l’acquisition de la musique.

En 2011, il y avait environ 500 services de musique en ligne dans le monde, répartis dans 58 pays et ces services comptaient 13 millions d’abonnés, une augmentation de 65% par rapport à  2010.

La plupart de ces services offrent le choix entre un abonnement gratuit et un abonnement payant en échange de certains avantages (comme l’absence de publicité et une meilleure qualité sonore). La clé du succès pour ces services reposera sur leur capacité à convertir une bonne proportion de leurs abonnés gratuits en abonnés payants. Spotify, le service de streaming musical d’origine suédoise, s’est lancé dans le marché américain en juillet 2011 et le tiers de ses 400 000 abonnés payants américains auraient moins de 24 ans.

Tout ça est bel et bon, mais qu’en est-il de notre petit marché québécois ?

Où se situe la production québécoise dans le grand échiquier mondial de tout ce qui se transige en ligne?

Dans le marché physique,  l’industrie de la musique québécoise est parvenue à se tailler une place enviable dans son marché local, en dépit de l’étroitesse de celui-ci, entre autres parce qu’elle a pu tirer son épingle du jeu au moment de la crise du disque des années 80, soutenue en cela par la mise en place de programmes gouvernementaux (PADES, PADISQ et MUSICACTION).

Mais depuis, cette position s’est fragilisée dans un marché numérique où les majors, Universal, Sony, Warner et EMI, maintiennent leur domination (environ 80% des marchés de vente de la musique, le marché numérique comme le marché global). C’est là où s’alimentent d’abord et avant tout les plateformes de distribution et de diffusion numérique. Et, donnée non négligeable, au Québec la vente de pistes numériques augmente, mais la musique québécoise ne réussit pas à y faire sa place. En fait, selon une hypothèse avancée par l’Observatoire de la culture et des communications du Québec, « l’acheteur moyen de pistes numériques serait jeune et moins porté à consommer de la musique d’artistes québécois que les consommateurs plus âgés. »

Il est également important de déboulonner le mythe de l’accès universel au contenu en ligne. Comme dans le monde physique, l’univers du produit culturel numérique – en tout cas sa zone légale – est délimité par les mêmes frontières territoriales que le monde physique. C’est pourquoi plusieurs des services dont vous entendez parler régulièrement ne sont pas encore disponibles à l’internaute canadien. Ce n’est pas en raison des règles du CRTC, un autre mythe mal informé que j’ai souvent entendu ou lu, mais en raison des règles liées aux œuvres protégées par droit d’auteur, ce que sont la majorité des produits culturels, faut-il le rappeler.

La pérennité du produit québécois dans ce nouveau monde dépend donc d’un grand nombre de facteurs dont plusieurs sont encore très incertains aujourd’hui.  La question du droit d’auteur, en particulier, est un tout autre chapitre sur lequel je me promets de revenir rapidement dans le cadre de ce blogue, à tout le moins avant que le projet de Loi C-11, qui vise à moderniser la Loi sur le droit d’auteur du Canada, soit adopté par le Parlement canadien (avant l’été probablement).

Au Québec, dans ce nouveau monde comme dans l’ancien, les entreprises culturelles sont fortement tributaires du soutien de l’État.

La semaine dernière, dans son budget 2012-2013, le gouvernement québécois a annoncé des investissements de 20 millions de dollars au cours des cinq prochaines années dans des initiatives qui doivent soutenir le virage numérique de l’offre culturelle. Ce qui reviendra à la musique, et surtout, comment on appliquera ces injections de nouveaux fonds dans ce secteur, n’est pas encore connu. Dans ce nouveau monde où 5 milliards de chansons auraient été partagées sur Facebook depuis la mise en ligne en septembre 2011 du nouveau bouton « Listen with » (pas encore disponible au Canada), osons espérer que les efforts et les sommes investis seront adéquats.

MixMédias Montréal le 17 mai : sortie de l’impasse

L’an dernier, le thème du congrès annuel de l’Association des producteurs de films et télévision du Québec, l’APFTQ, était « Serions-nous les prochaines victimes d’internet? » (étant entendu que la première victime avait été la musique).

Cette année, pour son congrès 2012 qui aura lieu le 24 avril, l’APFTQ se demande plutôt « devons-nous favoriser l’émergence d’une industrie de la création de contenus originaux adaptée aux nouveaux formats multi-écrans et transmédia au Québec ? »

Espérons que c’est là un bon indice que le milieu de la création de contenu en a fini avec le syndrome de la victime, qui après tout, ne peut que mener à l’impasse. Et que le 17 mai prochain, les conférenciers de la conférence MixMédias Montréal, consacrée à la monétisation des contenus, auront des avenues créatives et innovantes à proposer.

Publié dans : Contenus, Musique, Revenus numériques

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>